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Émotions et bien-être

Les 5 étapes du deuil : comprendre le modèle et pourquoi il ne décrit pas tous les parcours

Le modèle des 5 étapes du deuil aide à nommer certaines émotions, mais il ne décrit pas tous les parcours. D’où il vient, ce que dit la recherche, ses limites, et quand parler de deuil prolongé selon la CIM‑11.

Les 5 étapes du deuil : comprendre le modèle et pourquoi il ne décrit pas tous les parcours

Les « 5 étapes du deuil » sont devenues un repère culturel pour apprivoiser la perte. Mais si le modèle aide à nommer certaines émotions, il ne décrit pas tous les parcours. Voici comment comprendre ce cadre, ce que dit la recherche, et pourquoi un chemin de deuil peut être plus sinueux, plus court ou plus long que prévu.

D’où vient le modèle des 5 étapes et ce qu’il décrit vraiment

Le modèle popularise cinq états émotionnels, déni, colère, marchandage, dépression, acceptation, souvent résumés par DABDA. Historiquement, Elisabeth Kübler-Ross a d’abord observé ces réactions chez des personnes confrontées à leur propre fin de vie, avant que le grand public ne les applique à la perte d’un proche. Même dans sa formulation la plus prudente, le modèle n’a jamais été conçu comme une check-list à cocher dans un ordre fixe ni comme un calendrier universel du deuil.

La psychologie contemporaine rappelle d’ailleurs que ces « étapes » sont des états possibles, qui peuvent se chevaucher, revenir, ou ne jamais apparaître chez certaines personnes. Le deuil n’est pas linéaire et sa temporalité varie largement selon l’individu, la relation, les circonstances du décès et le contexte culturel.

Ce que dit la recherche: des trajectoires multiples, pas un escalier

Une étude longitudinale publiée dans JAMA en 2007 a suivi des personnes endeuillées sur 24 mois. Résultat saillant: l’acceptation augmente globalement dès les premiers mois, tandis que l’aspiration vers le défunt, la tristesse et la colère diminuent en moyenne au fil du temps. Autrement dit, sur un groupe, certaines réactions « ressemblent » à une séquence, mais à l’échelle individuelle, l’ordre et l’intensité varient. Ce constat renforce l’idée d’un processus dynamique, avec des hauts et des bas, plutôt qu’une montée d’escaliers émotionnels préétablie.

Des synthèses de la littérature soulignent aussi la persistance de la popularité du modèle sur Internet et dans le grand public, alors même que les cliniciens recommandent de ne pas l’enseigner comme une progression obligatoire. En pratique, la diversité des vécus reste la règle: certaines personnes fonctionnent, rient et projettent des activités tout en étant en deuil; d’autres ressentent surtout du vide, ou une fatigue diffuse qui s’atténue puis réapparaît à des dates anniversaires.

Pourquoi les 5 étapes ne décrivent pas tous les parcours

Plusieurs limites expliquent l’écart entre le modèle et les vécus réels. D’abord, l’universalité supposée: nos émotions sont façonnées par la culture, la spiritualité, les rituels et le soutien social. Ensuite, l’ordre des étapes est séduisant intellectuellement, mais ne correspond pas à la variabilité clinique observée. Enfin, l’idée de « fin » du deuil est trompeuse: nombre de personnes parlent plutôt d’une intégration de la perte, avec des oscillations entre confrontation à la douleur et retours à des activités porteuses de sens.

Sur le terrain, cela signifie qu’aucune personne en deuil n’a « du retard » parce qu’elle ne « progresse » pas selon DABDA. C’est normal de ressentir plusieurs émotions à la fois, de passer rapidement d’un état à un autre, ou de ne pas se reconnaître dans certaines composantes du modèle.

Quand le deuil se complique: ce que reconnaissent les classifications actuelles

Si la plupart des deuils évoluent sans prise en charge spécialisée, des formes prolongées et invalidantes existent. Depuis l’édition 2018-2022 de la Classification internationale des maladies (CIM‑11, OMS), le trouble de deuil prolongé est défini par une réponse de deuil persistante et envahissante, avec une détresse marquée et une altération du fonctionnement. Dans la CIM‑11, le diagnostic s’envisage lorsque ces manifestations durent de manière significative au-delà d’environ six mois après la perte et restent en décalage avec les normes socioculturelles de la personne. L’objectif n’est pas de « pathologiser » la peine, mais d’identifier les situations où une aide ciblée peut réduire la souffrance et la désinsertion.

Concrètement, ce cadre permet aux soignants d’orienter vers des prises en charge qui ont montré leur utilité, par exemple des thérapies centrées sur le deuil compliqué, empruntant certaines techniques à la thérapie cognitive et comportementale ou au traitement du stress post‑traumatique. Là encore, il s’agit d’outils cliniques, à manier avec discernement et en respectant les valeurs et la culture de la personne.

Repères concrets pour mieux s’orienter quand on est en deuil

Si vous venez de perdre un proche, vous n’avez pas à « cocher » des étapes ni à « tenir » un délai. Quelques points d’appui peuvent toutefois aider:

  • Nommer ce qui revient: pics d’aspiration vers la personne, colère, culpabilité, engourdissement émotionnel. Les reconnaître sans les classer peut déjà apaiser.
  • Alterner volontairement des moments d’exposition à la réalité de la perte (parler, trier, écrire) et des activités de respiration psychique (marche, cuisine simple, musique), selon un rythme qui vous convient.
  • Rituels et liens: un geste symbolique, un album commun, un repas partagé. La socialisation du deuil soutient l’intégration de la perte.
  • Veiller aux signaux d’alarme: souffrance qui reste intense et omniprésente au-delà de plusieurs mois, isolement marqué, incapacité à reprendre des gestes du quotidien, idées de mort. Ce sont des raisons valables pour demander de l’aide.

Questions fréquentes, réponses directes

Dois‑je forcément passer par les 5 étapes du deuil ?

Non. Elles peuvent offrir un vocabulaire, mais il n’existe pas d’ordre obligatoire ni de durée standard. Votre façon de traverser la perte est légitime, y compris si vous ne vous reconnaissez pas dans certaines « étapes ».

Combien de temps dure un deuil « normal » ?

Il n’y a pas de norme universelle. Beaucoup de personnes rapportent un apaisement progressif dans les mois qui suivent, avec des fluctuations. Des critères spécifiques existent pour repérer un deuil prolongé lorsque la souffrance demeure très intense et handicapante au long cours; ils s’analysent au cas par cas par un professionnel formé.

Le modèle des 5 étapes est‑il faux ?

Il n’est ni « vrai » ni « faux » au sens strict: c’est un cadre descriptif partiel. La recherche montre des tendances moyennes après une perte, mais elles ne se déclinent pas en marche à suivre pour chaque individu. Retenez-le comme un langage possible, pas comme une prescription.

À retenir

Le modèle des 5 étapes du deuil peut aider à mettre des mots sur l’épreuve, mais il ne résume pas la pluralité des vécus. Les données publiées depuis 2007 montrent plutôt des trajectoires hétérogènes et souvent plus « ondulantes » que séquentielles, avec une acceptation qui peut coexister très tôt avec la peine. Si, après plusieurs mois, la douleur reste envahissante et vous empêche durablement de vivre, parler à un professionnel peut ouvrir des options de soutien adaptées. En attendant, autorisez‑vous une progression à votre mesure: avancer, reculer, puis ré‑avancer reste une manière saine d’aimer en l’absence.

Sources

American Psychological Association : Stages of grief (APA Dictionary of Psychology) : https://dictionary.apa.org/stages-of-grief

JAMA Network : An Empirical Examination of the Stage Theory of Grief (2007) : https://jamanetwork.com/journals/jama/fullarticle/205661

Frontiers in Psychology : Stages of Grief Portrayed on the Internet: A Systematic Analysis and Critical Appraisal (2021) : https://www.frontiersin.org/journals/psychology/articles/10.3389/fpsyg.2021.772696/full

Organisation mondiale de la santé (OMS) : Clinical descriptions and diagnostic requirements for ICD‑11 mental, behavioural and neurodevelopmental disorders (CDDR) : https://www.who.int/publications/i/item/9789240077263